En a-t-on jamais fini avec le rouge ? Avec la fin du Festival consacré à cette couleur, j'avais cru qu'allait se clore ma période rouge. En prévision de quoi, et pour me dégager de ce qui tendait à tourner à l'obsession (oh! légère et, somme toute, pas si désagréable que cela), j'avais pris mes précautions : un Itinéraire de Délestage qui se voulait conclusif (I.D n° 239 ), et l'initiative de rassembler en anthologie les poèmes recueillis (c'est décidé, la revue Comme en poésie, dans un numéro prochain, s'y colle. Je vous tiens au courant).
La réception d'un livret de la médiathèque municipale de Romorantin, et la découverte d'un poème de Sylvia Plath, qu'en tout arbitraire j'ai aussitôt intitulé Rouge pouce comme on le lira dans l'I.D suivant, extrait d'Ariel et traduit par Valérie Rouzeau, en ont décidé autrement.
Opportunité d'abord de saluer un lieu exemplaire. Si la poésie continue d'imposer malgré tout sa présence, malgré – oui - les difficultés bien réelles qu'il ne faut manquer d'énoncer, il ne faut en contre-partie omettre de rendre hommage à quelques lieux miraculeux, véritables zones de survie, comme cette médiathèque de Romorantin Au cours des années, en tournée avec lectures et spectacles, j'ai à plusieurs occasions apprécié l'excellence de son accueil, sa capacité à réunir un public, l'action d'une équipe compétente et motivée autour de Chantal Georges, la conservatrice. La fidélité est une autre de ses vertus : je continue de recevoir aujourd'hui, au rythme de son actualité qui fait écho à l'actualité poétique et littéraire, ces livrets introductifs à l'œuvre de l'invité, élégamment imprimés, documentaires et anthologiques, et que malgré l'envahissement de sa bibliothèque personnelle en écrits, plaquettes et livres, on s'applique à conserver.
Vendredi 5 Mars, l'invitée est la désormais très appréciée Valérie Rouzeau, « reconnue par ses pairs comme un inventrice talentueuse » et « qui jouit aujourd'hui d'une aura tout particulière », pour s'en référer à Angèle Paoli et son blog Terres de femmes. Invitation on ne peut plus judicieuse, et lancée à double titre : à l'auteur de Quand je me deux, son dernier livre au Temps qu'il fait, et alors que ses premiers titres Pas revoir et Neige rien retrouvent un second éclat avec leur réédition en poche, dans la collection La Petite Vermillon, à la Table ronde ; à la traductrice d'Ariel de Sylvia Plath et d'une partie des Poèmes de Ted Hughes, chez Gallimard.
"Voici venue la fin des poétesses", lit-on en tête de chapitre de ce livret, et qui me renvoie, à travers ce terme de poétesse, à quelque discussion passée, dont le mot de la fin, sans que nous le sachions, avait depuis longtemps été prononcé. Cette exclamation est celle, apprends-je, du poète américain Robert Lowell à la parution d'Ariel, en 1965, deux ans après le suicide de Sylvia Plath. Il écrivait : « Ariel est un événement majeur de l'histoire de la littérature. Voici venue la fin des poétesses. » Afin que désormais nul ne l'ignore.
Références : Médiathèque municipale de Romorantin- 18 fbg St Roch 41200 Romorantin-Lanthenay - mediatheque@romorantin.fr
Décharge est particulièrement attentif à l'œuvre de Valérie Rouzeau, (polder 62 : A cause de l'automne ), qui y fut chroniqueuse, et dont Jacmo rend compte régulièrement des parutions (Quand je me deux, in Décharge 144). Dernière intervention de Valérie Rouzeau dans le n° 142 de Décharge, où elle présente Bernard Bretonnière.