I.D n° 836 : Grandeur du minuscule

publié le 15 août 2019 , par Claude Vercey dans Accueil> Les I.D

 
 

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De ces Chroniques incertaines, de Patricia Castex Menier, aux éditions Petra ( où les quatre collections animées depuis 2016 par Jeanine Baude, sous le même signe des Pierres écrites, retiennent régulièrement notre intérêt, illustrent l’émergence, qu’il faudra bien un jour ou l’autre commenter de plus près, de nouveaux acteurs dans l’activité éditoriale autour de la création poétique), nous avions eu un avant-goût grâce au numéro spécial n° 34 d’A l’Index, que Jean-Claude Tardif dédiait intégralement à cette auteure. Rendant compte de cette publication particulièrement opportune, j’avais eu alors l’occasion de faire le point sur ce que je savais de Patricia Castex Menier, depuis Flandre, modeste Herbes folles au Dé bleu, la première expression publique de cette poète, à ma connaissance. On se reportera à ce Repérage du 17 septembre 2017.

Sont-elles si incertaines, ces Chroniques  ? Certainement pas dans leur propos, ni par leur écriture, alerte et précise. Incertaines peut-être par le fil un peu lâche qui les relient ? Pas moins au bout du compte qu’ordinairement les poèmes d’un recueil, et qui n’est autre que le fil des jours : autant carnet de bord où se succèdent notations et réflexions, que poèmes en prose. Et pour citer la poète elle-même : Tous ces mots finalement pour ne dire qu’une seule chose, le désir du poème, du poème pauvre.

Le rapprochement qu’impose l’auteure est celui d’avec les activités de l’enfant qui s’amuse : pour dans la vie prendre au sérieux l’anodin, s’émerveiller de l’inutile, et jouer ainsi jusqu’au bout – un, deux, trois, soleil – à l’éternité. Ce qui la conduit à se tenir sur la rive de l’anodin ou de l’essentiel, du familier ou de l’inattendu, de l’inconnu ou de l’oublié. Sa posture ? Non pas l’affût, mais l’accueil. Ainsi au fil des jours et des pages, accueille-t-elle six pots de géraniums abandonnés dans la cour, mais aussi les pigeons ou le chant de l’oiseau invisible ( un merle peut-être ?), le cliché que représente un soleil couchant, le jaune d’un œuf au plat. On serait tenté (avec un rien d’amusement complice) de placer ces Chroniques aux antipodes des Dernières nouvelles d’Ulysse données naguère par Werner Lambersy : on ne peut pas vivre toujours dans la noirceur et le tumulte, commente-elle : Pour aujourd’hui j’ai ma dose de massacres, de trahisons, d’humanité piégée dans son propre cul-de sac. Chroniques incertaines ou dernières nouvelles de Pénélope ?

Dans le poème que je reproduis ci-dessous comme exemple, la question posée semble résumer le sens de la démarche : les vies miniatures nous concernent-elles ? Et c’est bien à cela que s’efforce Patricia Castex Menier  : à ne pas confondre le petit et le lointain, à demeurer attentive à la vie modeste, à ce qu’on néglige d’ordinaire, à ce qui ne compte pas quand bien même il se tient sous nos yeux. Car un moineau blessé ne pleure pas. Aujourd’hui, décide-elle dans un poème précédent, sa curiosité se portera aux ressources vives qu’offrent l’humilité des choses, la patience des plantes et des pierres, le passage brouillon des bêtes.

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